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Nos verrues

Rouge, François


Texte : François Rouge (1903). Air : « Un Bal chez le ministre », musique (1895) par Antonin Jouberti (1859-1925) pour un texte de Jules Jouy.


1
J’ai l’honneur, Messieurs et Dames,
Sans viser à la réclame,
D’offrir à vos regards
Présentés avec art,
Une collection complète
D’agréables silhouettes,
Personnages éminents
Très surprenants,
Celui-ci
A lui
De très bizarre,
Financier,
Flibustier,
Il accapare
Les produits,
Les profits,
Mais sa guitare,
“Probité”
“Loyauté”
Fait la charité.
 
(Refrain)
Sur le trottoir en passant dans la rue
Le populo très finaud
Se retourne dans son dos
En murmurant, Çà c’est une verrue
Qui s’accroche à notre flanc,
Qui nous boit le sang,
Pour sauver notre santé
Faudrait l’amputer.
 
2
Ce mielleux qui nous conjure,
Qui parle comm’ un augure,
Allume le jobard,
Convertit le soulard,
Conseille le sacrifice,
Mais touch’ un beau bénéfice
Au bourgeois qu’il défend
Fidèlement.
La douceur
Du seigneur
Il l’analyse,
Il pleurniche
Tout godiche,
Aussi baptise,
Son argot
De cagot
Dans son église,
Asservit
Aplatit
Fait les ramollis
 
(refrain)
 
3
Ceci est un militaire
Qui aura cessé de plaire
Quand le monde avisé
Sera civilisé.
“Pour l’honneur” c’est sa frime,
S’est souillé de tous les crimes,
Sinistre chenapan,
Couvert de sang.
Son aspect
Est abject.
Il se balance,
Très hargneux,
Crapuleux,
plein d’arrogance,
Le bravache
À panache
Perd’ l’assurance
Quand un poing
Sous son groin
se montre soudain.
 
(refrain)
 
4
Pour terminer la série
Je ne puis, sans tricherie,
ne pas vous présenter
Un de nos députés.
Il nous fait mille caresses,
Il est riche de promesses,
Avant son élection,
Mais sa fonction,
Son devoir
Au pouvoir
Est qu’il nous leurre.
Protéger
Et lécher
L’assiette au beurre,
Loqueteux
Ventres-creux,
Enfants qui pleurent
Encensés,
Abusés,
Peuvent se brosser.
 
(refrain)

Paru in : Rouge, François. — Chansons pour rire rouge et jaune, avec montures en similis-vers. — Genève [Suisse] : Réveil socialiste-anarchiste, 1904 (p. 21-24).