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Le Pétardier de Saint-Pierre

Rouge, François


Texte : François Rouge (1903). Air : « La Marche des commis-voyageurs » (1891), mus. par Joann Nove sur des paroles d’Edmond Famechon [Isidore Famechon] (18..-1899).


Au journal La Suisse. La fumée du pétard n’tait pas dissipée que le journal La Suisse suivi de tous les journaux bourgeois accusaient les anarchistes d’être les auteurs de l’attentat qui fit la joie des vitriers. les libertaires et avec eux tous les gens de bonne foi ne virent dans cette grotesque pétarade que l’œuvre de la police : les chinoiseries de l’instruction n’infirmèrent pas cette croyance.

1
À l’ombre de la nuit,
C’est moi qui trouble le réduit,
J’arriv’ en tapinois
Près de la porte en bois.
À une heure du matin
Avec mon vilebrequin,
Je fais un petit trou
Au dessous du verrou.
En douceur,
En guetteur,
Je place l’engin destructeur.
 
(Refrain)
Le vent, la bise,
Près de l’église,
Sont sans effet
Sur mes apprêts.
Et la police
Dans la coulisse,
Viendra plus tard
Au bruit de mon pétard
Dynamitard.
 
2
Le pouvoir aux abois
peut toujours compter sur moi,
S’il est agonisant
Moi je suis complaisant,
Que Didier ou Fazy
Me montrent l’ennemi,
Mon pétard ajusté
Le fera culbuter
Et Bornand
Prudemment,
Vient fermer tous les contrevents.
 
(refrain)
 
3
Mais s’il faut m’arrêter,
Et pour ne rien éventer,
A cours de l’instruction
J’ai des transformations.
Je fais très bien l’idiot,
Je suis sourd comm’ un pot.
Où bien je suis instruit
Comme tout un jury.
Et Bornand,
Complaisant,
Me fait voyager quelque temps.
 
(refrain)
 
4
Dans les vingt-deux cantons
J’ai caché du fulmicoton,
Des picrates à Evreux.
Des mélanges nitreux
J’en ai un peu partout,
J’en ai jusqu’à Moscou.
Les consuls italiens
Me gardent mes engins.
Et Bornand,
Simplement,
Les ramass’ en cherchant des glands.
 
(refrain)
 
5
Quand le législateur
Aura terminé son labeur
Et que de bonnes lois
Garderont vos bourgeois,
Quand j’aurai encaissé
Mon brevet d’insensé,
J’irai vers d’autres bords
Sauver le coffre-fort.
Et Bornand
M’embrassant
Répètera tout doucement.
 
(refrain)

Air : « La Marche des commis-voyageurs », paroles d’Edmond Famechon, musique recueillie et arrangée par Johann Nove

Paru in : Rouge, François. — Chansons pour rire rouge et jaune, avec montures en similis-vers. — Genève [Suisse] : Réveil socialiste-anarchiste, 1904 (p. 14-17).