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Le Général Gaga

Rouge, François


Texte : François Rouge (1903). Air : « La Mariée du Mardi-Gras » (1861) mus. par Sylvain Mangeant (1827-1889) [et Jean-Baptiste Arban ? (1825-1889)] pour l’opérette de Lambert-Thiboust (1827-1867) et Eugène Grangé [Pierre-Eugène Baste] (1810-1887) ; chœurs d’enfants.


Octobre 1902. 300 ans après l’Escalade. Après mille Champs d’honneur on croyait que le cycle du génie militaire s’était fermé. Il était réservé à notre vieille cité de voir revivre dans un de ses enfants les vertus des plus grands capitaines. Sortez de l’Olympe Xercès, Léonidas, Annibal, César, Condé, Marlborough, Frédéric, Napoléon. Ramasse ton défi Cambronne ! et toi Renommée courbe ta trompette puisque nous avons Gaga le Grand.

1
Je vais, Monsieur le Président,
Vous conter très modestement,
Comment j’ai, militairement,
Sauvé notre gouvernement.
J’attir’ l’attention du jury
Qui parait un peu ahuri,
Que c’est vers onze heures et demi
Que j’ai dispersé l’ennemi.
 
(Refrain)
Pour l’ordre, // J’ai fait cogner, charger, // Et sans démordre (bis)
J’ai sauvé la liberté // Fait la tranquillité (bis)
 
(Les enfants :)
Ah ! la belle escalade !
Savoyards ! Savoyards !
Ah ! la belle escalade !
Savoyards ! gare ! gare !
 
2
L’Opinion de monsieur Didier,
De Jornot, d’Auber et d’Odier,
De Borel le carabinier.
Des mouches du fond du panier.
C’est que l’étranger au pays
Voulait que tout fût démoli.
Moi je partage cet avis
Ce fût un complot inouï.
 
3
On m’a dit, au Conseil d’État
De me préparer au combat,
D’exterminer les syndicats
Composés de grands scélérats.
On m’a donné trois bataillons,
Des pompes à feu et du canon
Pour fair’ un’ vast’ opération
S’étendant jusqu’à la Jonction.
 
4
Mes guid’s ont été merveilleux
Ils n’ont même pas été honteux
De fêler l’pommeau d’un galeux
Qui se promenait sur les lieux.
On a saisi des Argoviens,
Qu’on a pris pour des italiens,
Des Savoyards et des Prussiens
Qui sont tous nés dans le Tessin.
 
5
Moi, roulant avec mon auto,
Mes carabiniers sur vélos,
Mes guides partant au galop,
Aboyés par tous les cabots.
Je livr’ un combat sur le port,
Mes soldats tout comme à Grandson,
Ont tapé en vrais bûcherons
Sans épargner les nourrissons.
 
6
J’ai fait mettr’ en petits morceaux
Le cortèg’ avec ses drapeaux,
Et j’ai laissé sur le carreau
Des parasols et des chapeaux.
Voici contés fidèlement,
Les Terribles évènements.
Si vous le voulez, à l’instant,
Je reprends le commencement.

La chanson rappelle la répression de la grève générale cantonale d’octobre 1902. Luigi Bertoni (du Réveil socialiste-anarchiste) sera condamné à un an de prison.

Escalade : ou « nuit de l’escalade », bataille de décembre 1602 entre les troupes du duc de Savoie et la république de Genève. Une célébration festive, autour du 12 décembre, porte ce nom : celle de 1902 pour les 300 ans qui a du être reportée au 1er juin 1903 du fait de la grève générale cantonale.

Jonction : La Jonction (ou la Jonquille), quartier de Genève à la confluence de l’Arve et du Rhône.

Grandson : référence à la bataille de Grandson (2 mars 1476) entre les confédérés helvétiques et l’armée bourguignonne de Charles le Téméraire.

Didier,
Jornot,
Auber
Odier : Édouard Odier (1844-1919). À l’époque : député au Grand Conseil genevois (1878-1906), conseiller d’État (1900-1906), conseiller national (1902-1906)
Borel


Paru in : Rouge, François. — Chansons pour rire rouge et jaune, avec montures en similis-vers. — Genève [Suisse] : Réveil socialiste-anarchiste, 1904 (p. 12-14).