1À l’école voyez ce gosseD’une méchanceté précoce ;Il épie d’un air féroceSes voisins et si, par hasard,On fait du bruit pendant la classeIl sait où la chose se passe,Et le dénonce de sa placeAinsi débute le mouchard.2Plus tard, travaillant en usine,Dès qu’un mouvement se dessine,Vite, toute part il décline ;On dit de lui : C’est un froussard !Mais à la fin de la journée,La tâche à peine terminée,Des meneurs la liste est donnéePar l’incorrigible mouchard.3Au régiment toujours il guetteEt quand un soldat qu’on maltraiteAu galonné veut tenir tête,Il est sur le lieu sans retard.Puis devant le Conseil de GuerreIl chargera le pauvre hère,Même en dénaturant l’affaire.Il est faux-témoin, le mouchard.4Libéré, changeant de tactique,Dans un groupement politiqueIl sera le plus énergique,Prônant violemment le chambard.S’il trouve un militant noviceIl l’enverra plein d’artificeDans un traquenard de policeCar il provoque, le mouchard.5En une fausse confidenceIl se dira dans l’indigence ;On l’hébergera sans méfianceMalheur à l’hôte trop bavard !Aussitôt qu’il pourra surprendreChez son bienfaiteur au cœur tendreUn secret… il ira le vendre.Il est répugnant, le mouchard !6Chaque journée a sa victimeCar, pour soutenir le régimeL’État commet crime sur crimeMais la Révolte, tôt ou tardDe sa main énergique et sûreBrisera la lourde armature,Renvoyant à leur pourritureLe gouvernant et son mouchard
[prison de] La Santé, le 23 août 1923