Amis ! qui prenez part aux détresses humainesEt d’un cœur si fervent, même s’il a ses peines,Ne vous affligez point en songeant à la mienne.Dans ce monde, pourri par le virus de l’orOù l’homme est loup pour l’homme, et bien moins sociable,Qui, non pour s’en nourrir, supprime son semblable,J’ai vécu comme ceux dignement « en dehors »Rebelles aux profits, dédaigneux de la « gloire »,Et dont l’enseignement frémit dans notre histoire ;Chercheurs de vérités, aux réflexes lucides,Déserteurs conscients des combats homicides,Où la jeunesse en fleurs trouve une mort sordide ;Ceux gui n’ont, sur les mains, nulles traces de sangRien dans l’âme qui soit mensonge avilissant,Les amants de la vie, en eux et pour tous autres,Dont l’exemple agissant fait penser aux apôtres ;Ceux sachant dire : Non ! les désobéissantsAu contrat social qu’ils n’ont pas acceptéTant qu’il reste basé sur l’inégalitéCréant de la misère et ses iniquités.Avec tous ceux, enfin, porteurs d’IdéalismeQui n’ont pas exploité, ne se sont pas vendus,Et, souvent triomphants de leur propre égoïsme,Paraissent succomber, mais ne sont pas vaincus !Mais, amis, vous aussi, oublieux de vous-même,N’avez-vous pas clamé les mêmes anathèmes,Pareils espoirs aussi, toujours plus radieux,D’un Univers paisible, en les humains joyeux ?Et si, dans mon déclin, tout près de vous quitterJe ne peux désormais, utilement lutterPour que l’homme comprenne et s’unisse à ses frèresDans l’amour du prochain, toujours plus solidaire,Et construise Son Règne au-delà des frontières,Dans votre affection, de chaleur et lumière,Je vais aux derniers jours avec sérénité.
Hospice d’Ivry, 10-7-51.