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Nos hommes de gouvernement

Rouge, François


Texte : François Rouge (1903). Air : « Cadet Rousselle » (1792).


À qui la dédicace ?

1
Nos députés n’sont pas capons (bis)
C’est eux qui coll’ront des marrons (bis)
Sur la gueul’ des propriétaires
Mais pour çà faut les laisser faire.
 
(Refrain)
Ah ! Ah ! c’est épatant ! / Les hommes de gouvernement (bis)
 
2
Sigg a commencé le chambard. (bis)
Il ne peut sentir les mouchards (bis)
Il a demandé tout en larmes
Qu’on augment’ le corps des gendarmes.
 
(refrain)
 
3
Berlie est un bon berluret, (bis)
Il dit d’un air tout guilleret (bis)
Qu’on a de tout sous la savate
Mais jamais de loi scélérate.
 
(refrain)
 
4
Certain Thiébaud pendant dix ans (bis)
Se fit un ventr’ à nos dépens, (bis)
À ceux qui s’plaignaient d’la fringale
Il offrait des cartouch’s à balles.
 
(refrain)
 
5
Ador est très décoratif, (bis)
Mais Loubet si démonstratif, (bis)
Qu’il lui posa sur sa poitrine
Ce qu’on répand sur la vermine.
 
(refrain)
 
6
Jésus parlait aux Pharisiens, (bis)
Lach’nal écrit aus Parisiens (bis)
Que chez nous la magistrature
Ne patauge pas dans l’ordure.
 
(refrain)
 
7
On croit que le créchier Triquet (bis)
Est contemporain du mousquet, (bis)
Il dit aux [gugus ?] “que la patrie”
“C’est pas de la cochonnerie.”
 
(refrain)
 
8
Radis, Démocs où socialos (bis)
C’est toujours les mêmes salauds (bis)
Prêts à nous servir à tout’ heure
Très peu de pain, beaucoup de beurre.
 
(refrain)
 
9
Comme ils sont tous libres-penseurs (bis)
Ils ne moulent pas les pasteurs, (bis)
Ils leur fout’ent, en place d’injures
Nos cent mill’ francs par la figure.
 
(refrain)
 
10
Dans les banquets, pleins à roter, (bis)
ils parl’nt de paix, d’humanité, (bis)
“Mais hélas ! faut bien satisfaire”
“Tout’ la crapule militaire.”
 
(refrain)
 
11
Devant les poir’s, éloquemment, (bis)
Ils tonnent contre les tyrans, (bis)
Mais c’est à qui lèch’ra les bottes
Du roi qui fait dans sa culotte.
 
(refrain)
 
12
Tandis qu’ils serraient sur leur cœur (bis)
Des grands voleurs, des massacreurs, (bis)
ils faisaient livrer aux frontières
Des trains entiers de prolétaires.
 
(refrain)
 
13
Tous ces valeureux fils de Tell (bis)
Ont fait de la Suisse un vrai… hôtel, (bis)
Sans seul’ment que le drapeau bouge
On voit dessous le falot rouge.
 
(refrain)
 
14
Ne fatiguons pas le gibet, (bis)
Donnons-les plutôt à Pianet (bis)
En écoutant leurs cris de rage
Nos goss’s diront devant les cages.
 
(refrain)

Sigg : Jean Sigg (1865-1922), rédacteur en chef de Le Peuple de Genève (organe du Parti socialiste suisse) et grand conseiller de Genève.

Berlie :

Thiébaud : Fritz Thiébaud (1842-1908), socialiste, membre du Grand Conseil genevois. C’est lui qui signe l’ordre de mobilisation de la troupe lors de la grève générale cantonale de 1902. Voir la chanson « Le Général Gaga ».

Ador : Gustave Ador (1845-1928), membre du Parti libéral du Grand Conseil du canton, du Conseil nationale et du CICR, … Futur président de la Confédération. Il est étrillé dans une autre chanson (« Nos décorés ») pour sa médaille française.

Loubet : Émile Loubet (1838-1929), alors président de la République française (1899-1906).

Lachenal : Adrien Lachenal (1849-1918)

Triquet : Alexandre Triquet (1860-1915), juge de paix, député socialiste.

Pianet : Théâtre-ménagerie des frères Pianet.


Paru in : Rouge, François. — Chansons pour rire rouge et jaune, avec montures en similis-vers. — Genève [Suisse] : Réveil socialiste-anarchiste, 1904 (p. 19-21).