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Patriote et soulard

Rouge, François


Texte : François Rouge (1903). Air : « Kleine Wien » [= « Temesvar, das kleine Wien » ?, mus. par Franz Limmer (1808-1957)].


Au docteur S.
Cette célébrité genevoise qui se trompait moins souvent de flacons chez le marchand de vin que dans la pharmacie sanglotait entre les colonnes des journaux, se plaignait de la tolérance de nos autorités envers les militaires français. C’est le même, affolé de poirisme sanguoinbaire qui pendant la grève de 1902 s’attira la reconnaissance des soudards qu’il enivra pour qu’à l’exemple des égorgeurs milanais ils “tirassent fort et visassent juste.”

Le chanteur doit simuler l’ivresse

1
Quand j’étais au sein de ma nourrice
Je criais déjà “Vive la Suisse”
Je hurlais au pantalon garance
“À bas la France.”
 
(Refrain)
Les pantalons
De cett’ nation
Viol’nt sans façon,
Sur tous les tons
J’dis furibond :
De nos gâpions
Qu’en fait-on ?
 
2
Plainpalais, l’herbeuse promenade,
Revoyait ma bonne et son troubade.
Et le banc fixé sur la lisière
Leurs hémisphères.
 
(refrain)
 
3
Nos r’blochons, nos jambons de Payerne,
Nos poissons, notr’ choucroûte de Berne,
Nos cirous quitt’ent avec le Gruyère
Notre frontière.
 
(refrain)
 
4
L’artilleur caserné en Provence,
Le chasseur arrive de Valence,
Le sapeur descend depuis Douvaine
Fair’ un’ fredaine.
 
(refrain)
 
5
Conçoit-on, sans mourir de tristesse
l’inaction des hommes de la presse,
Je la vois pantelante et meurtrie
Notre patrie.
 
(refrain)

Pantalon garance : synonyme de soldat français. La garance — colorant végétal à l’origine — était utilisée pour teindre les tuniques des soldats britanniques et, en France, notamment pour teindre les pantalons (et képis) des fantassins de 1829 jusqu’en 1914-1915.

Plainpalais : commune périphérique puis quartier de Genève (depuis 1931).


Paru in : Rouge, François. — Chansons pour rire rouge et jaune, avec montures en similis-vers. — Genève [Suisse] : Réveil socialiste-anarchiste, 1904 (p. 17-18).