1Connaissez-vous ce bon apôtreS’imposant pour sa fortuitéQui pense dans sa véritéÊtre plus malin que les autresIl est fortement convaincuQu’il ne sera jamais cocu !…Que rien ne pourrait le surprendreDisant à qui veut bien l’entendre :« Crois-tu, crois-tu que ça peut arriver« Je ne crains rien du mariage« J’ai su choisir, ma femme est sage« Qui donc pourrait me l’enlever !« Être trompé c’est une histoire« Qui n’arrive jamais qu’aux poires !« Crois-tu, crois-tu que ça peut m’arriver ?« Crois-tu que ça peut m’arriver ? »2Quand parfois devant lui l’on causeAu nom de la fraternité,Des malheurs de l’humanité…Dédaigneux, il traite la chose.Vous insistez montrant combienSur terre tous ceux qui n’ont rienDevraient s’entendre davantage.Il vous tient alors ce langage :« Crois-tu, crois-tu que ça peut arriver« Chacun pour soi, je me débrouille« Ma foi tant pis pour les andouilles,« Je n’ai pas le temps de rêver« À votre Internationale,« Je ris de la lutte finale !« Crois-tu, crois-tu qu’elle puisse arriver ?« Crois-tu qu’elle puisse arriver ?3Ne voyant rien ou voulant croireMême devant les armementsForcenés des gouvernements,Hier amour… c’est de l’histoire…Il raillait d’un air nonchalantNos craintes d’un conflit sanglantAvec un méprisant sourire,Jamais il ne manquait de dire :« Crois-tu, crois-tu que ça peut arriver« Ne vas-tu pas verser des larmes« Quand on fabrique quelques armes,« Ne faut-il pas conserver« Notre puissance militaire…« Mais quand à redouter la guerre !« Crois-tu, crois-tu qu’elle puisse arriver ?« Crois-tu qu’elle puisse arriver ?4Pourtant quand la guerre est venueL’on vit alors ces beaux esprits,Tout à coup se montrer surprisEt se plaindre sans retenue.Combien parmi ces esprits fortsOnt entendu comme un remords,Les poursuivants dans leur détresse,Ces mots, qu’ils répétaient sans cesse :« Crois-tu, crois-tu que ç’est bien arrivé« Ce n’est pas la lutte finale« Ris-donc, c’est la guerre infernale« Pour les bourgeois, tu vas crever.« Tu peux méditer à ton aise« Les couplets de la Marseillaise,« Crois-tu, crois-tu que ç’est bien arrivé ?« Crois-tu que ç’est bien arrivé ?
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Crois-tu ?
Mouret, Frédéric
Texte et musique de Frédéric Mouret (1923).
Publié dans la revue La Muse rouge : revue de propagande révolutionnaire par les arts, nº 10 [nov. 1923 ?].