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Crois-tu ?

Mouret, Frédéric


Texte et musique de Frédéric Mouret (1923).


1
Connaissez-vous ce bon apôtre
S’imposant pour sa fortuité
Qui pense dans sa vérité
Être plus malin que les autres
Il est fortement convaincu
Qu’il ne sera jamais cocu !…
Que rien ne pourrait le surprendre
Disant à qui veut bien l’entendre :
 
« Crois-tu, crois-tu que ça peut arriver
« Je ne crains rien du mariage
« J’ai su choisir, ma femme est sage
« Qui donc pourrait me l’enlever !
« Être trompé c’est une histoire
« Qui n’arrive jamais qu’aux poires !
« Crois-tu, crois-tu que ça peut m’arriver ?
« Crois-tu que ça peut m’arriver ? »
 
2
Quand parfois devant lui l’on cause
Au nom de la fraternité,
Des malheurs de l’humanité…
Dédaigneux, il traite la chose.
Vous insistez montrant combien
Sur terre tous ceux qui n’ont rien
Devraient s’entendre davantage.
Il vous tient alors ce langage :
 
« Crois-tu, crois-tu que ça peut arriver
« Chacun pour soi, je me débrouille
« Ma foi tant pis pour les andouilles,
« Je n’ai pas le temps de rêver
« À votre Internationale,
« Je ris de la lutte finale !
« Crois-tu, crois-tu qu’elle puisse arriver ?
« Crois-tu qu’elle puisse arriver ?
 
3
Ne voyant rien ou voulant croire
Même devant les armements
Forcenés des gouvernements,
Hier amour… c’est de l’histoire…
Il raillait d’un air nonchalant
Nos craintes d’un conflit sanglant
Avec un méprisant sourire,
Jamais il ne manquait de dire :
 
« Crois-tu, crois-tu que ça peut arriver
« Ne vas-tu pas verser des larmes
« Quand on fabrique quelques armes,
« Ne faut-il pas conserver
« Notre puissance militaire…
« Mais quand à redouter la guerre !
« Crois-tu, crois-tu qu’elle puisse arriver ?
« Crois-tu qu’elle puisse arriver ?
 
4
Pourtant quand la guerre est venue
L’on vit alors ces beaux esprits,
Tout à coup se montrer surpris
Et se plaindre sans retenue.
Combien parmi ces esprits forts
Ont entendu comme un remords,
Les poursuivants dans leur détresse,
Ces mots, qu’ils répétaient sans cesse :
 
« Crois-tu, crois-tu que ç’est bien arrivé
« Ce n’est pas la lutte finale
« Ris-donc, c’est la guerre infernale
« Pour les bourgeois, tu vas crever.
« Tu peux méditer à ton aise
« Les couplets de la Marseillaise,
« Crois-tu, crois-tu que ç’est bien arrivé ?
« Crois-tu que ç’est bien arrivé ?

Chanson « Crois-tu ? » de Frédéric Mouret (La Muse rouge, 1923).

Publié dans la revue La Muse rouge : revue de propagande révolutionnaire par les arts, nº 10 [nov. 1923 ?].