Gueux et n’ayant pour tout butinQu’une garde-robe précaireIls désertèrent un matin :Tarascon, Marseille ou Beaucaire ;Tenaillés d’âpres appétitsVoulant assouvir leur fringale.On les vit bientôt dans ParisPrêcher Révolte et Guerr’ Sociale.Mis pour ces faits en détentionÀ Clairvaux, quartier politique,Miguel rêvait d’une inventionBien productive et bien pratique ;Flairant sous les projets d’HervéLa bonne aubaine commerciale,Merlo dit : c’est du pain trouvé,Mettons debout la Guerr’ Sociale.Le plan de Gustave accepté,Voici nos lascars à l’ouvrageAvec au programme adoptéPoudre aux yeux, bluffe, chiqué, battage ;Parût le premier numéro,Ton mordant, tournure martiale,Tiens, tiens, déclara Jean Prolo,Elle est très chic la Guerr’ Sociale.Mais qu’aurait vécu ce canardSans les gros sous syndicalistes,On le fit donc antivotard,Imbu de concepts anarchistes ;Et, terrassier ou calicot,Tout bon bougre à l’âme loyale,En apportant son humble écotAlimentait la Guerr’ Sociale.L’appui financier des « Braillards »Roulant des flots d’or dans sa caisseLe Merle aux contours rondouillardsEut teint ruse et luisant de graisse ;Linge fin, somptueux jabotsRemplaçant sa mise initiale,Il fût le plus beau des cabotsParadant à la Guerr’ Sociale.De son côté le « lieutenant »,« Aller ego » du « Sans-Patrie »Parvint à monter le boucanÀ la hauteur d’une industrie ;L’ami « Browning » qu’il nous donnaEût « Mam’zell’ Cisaille » pour rivale,Mais au ciel jamais ne planaL’aéro de la Guerr’ Sociale.Enfin Miguel envisageantDu coffre-fort la sauvegarde.Pour parer à tout cas urgentInstitua la « Jeune garde »Puis, transformant tir et décorAu nom de l’Entente intégrale,Il devint chef d’état-majorDes costauds de la Guerr’ Sociale.Las ! un vent de fureur grondaiPlus d’un s’émut et, dans la foule,Grincheux dit : notre AlmereydaFait siffler son merle et nous roule ;Nos pitres se sont démasqués,Ne tolérons pas ce scandale :Ohé ! bons bougres, débarquerDu bateau de la Guerr’ Sociale.
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Débarquement : chanson satirique
Gall’, Tony
Texte de Tony Gall’ (1912). Sur l’air : « L’Anatomie » [« L’Anatomie du conscrit ? » (1905)].
Miguel : Miguel Almereyda (1883-1917)
Hervé : Gustave Hervé (1871-1944), directeur du journal hebdomadaire La Guerre sociale (1906-1914).
Merlo, Merle : Eugène Merle (1884-1938).
La Guerre sociale : https://fr.wikipedia.org/wiki/La_Guerre_sociale_(1906) ; le journal d’abord très anti-militariste prend une tournure nationaliste en 1912, date de la chanson.
Browning : marque de révolver.
Mam’zell’ Cisaille : la censure.
Jeune garde : « Jeunes gardes révolutionnaires » assocaition créée en 1910 pour contrer les « Camelots du Roi », service d’ordre de l’Action française.
Jean Prolo : archétype de l’ouvrier averti, nom souvent repris comme pseudonyme.
Paru dans : Le Libertaire, 4e série (1899-1901), in 19e année, nº 2 (9 novembre 1912).